C’est rare, mais ça arrive ! La
Chine aussi produit parfois des mauvaises nouvelles.
Cette fois ce n’est pas la pollution
pékinoise ni un tremblement de terre au Sichuan, ce n’est pas une énième
épizootie qui risque d’éventuellement déborder sur l’homme avant de muter
peut-être, ce qui potentiellement pourrait s’avérer mortel... (SRAS, H1N1,
grippe porcine...)
Non, ce qui fait les gros titres
gourmands de la presse mondiale, c’est la réforme constitutionnelle annoncée
(elle n’est pas encore passée, mais bon en Chine, lorsque c’est annoncé, c’est
pratiquement acquis) qui supprime entre autres la limite des deux mandats pour
le président chinois (et promeut « la pensée de Xi » au rang de celle
de Deng Xiaoping, alors que bon, sans vouloir être désobligeant... le mec est
sûrement assez habile et bon gestionnaire, mais enfin ce n’est pas un intello –
ceux qui en doutent, lisez son bouquin, "La gouvernance de la Chine").

Si cette réforme est adoptée (encore
une fois, ça semble presque sûr), c’est la fin du miracle chinois. Elle donne
raison à tous les propagandistes occidentaux qui dénoncent depuis des années
sans preuve le « culte de la personnalité » de M. Xi, la
« dérive autoritaire » du parti communiste, etc. Pour la première fois depuis trente ans, la Chine donnerait raison à ces oiseaux de mauvais augure qui se sont relayés infatigablement pour annoncer la fin du miracle, le début du cauchemar, l'effondrement social, la crise de la dette, le collapsus industriel, la surchauffe économique, l'explosion de telle bulle ou de telle autre, etc etc etc.

La Chine est à ce jour le seul pays
communiste ayant résolu la question du renouvellement pacifique des
dirigeants : deux mandats maximum, limite d’âge à 67 ans pour le premier
mandat, etc. Cuba a les frères Castro, la Corée du Nord s’est transformée en
monarchie héréditaire, c'était pareil dans les pays d’Europe de l’Est socialiste, en Union
soviétique... La Russie, qui n’est plus communiste, a toujours ce problème du chef
qui ne veut plus partir. Dans tous ces pays on a vu à l’occasion de bons
dirigeants, des incorruptibles, des décidés, des compétents... Mais ils ne
savent plus s’arrêter, leur entourage les pousse à rester, ils se croient
indispensables, et finalement, pendant dix ans on a aux manettes un pépé
mourant frappé d’Alzheimer, le pays dérive, stagne, se traîne, jusqu’à ce qu’une
révolution de palais mette enfin en selle un dirigeant neuf.
« Xi se poutinise »
dénonce en chœur la presse mondiale. « C'aurait pu être pire : il aurait pu se trumpiser ! » a-t-on envie de répondre... Avec Poutine, la Russie
s’accroche à son premier dirigeant compétent depuis Pierre 1er. Charisme, compétence, volonté de grandeur du pays et vision stratégique, on comprend qu'ils ne veuillent pas le lâcher, c'est trop rare ! OK, c'est vrai,
dix-huit ans, c’est trop, vingt-quatre, c’est inqualifiable, mais bon : comme
l’élection russe est sur le point de le prouver, il n’y a personne
d’autre en Russie pour prendre sa place ! Et puis il aborde très
certainement son dernier mandat. Enfin, il a sorti son pays d’une des pires
crises de son histoire, une histoire où la question du renouvellement pacifique
du pouvoir exécutif n’a jamais été résolue : ni par les tsars qui
moururent presque tous de mort violente, ni par le parti communiste où
pratiquement tous les secrétaires généraux se maintenaient jusqu’à leur dernier
souffle. Si Poutine partait en 2024, à 71 ans, en bonne santé, il aurait déjà
fait faire un sacré progrès à la Russie (qui devra tout de même trouver un moyen de se renouveler).

Tout le contraire pour Xi, qui n’a,
lui, aucune excuse ! La Chine est passée par la dictature unipersonnelle
et le culte de la personnalité de Mao. C’est justement pour éviter la répétition de ce genre de catastrophe que le sage Deng Xiaoping a donné l'exemple en démissionnant de tous ses
postes bien avant que sa santé ne se dégrade, puis gravé dans le marbre de la
constitution cette limite d’âge du président/secrétaire général et le maximum
de deux mandats. Il y a dans le monde bien des systèmes politiques, chacun avec
ses mérites et ses problèmes, mais sous toutes les latitudes, la pire des
calamités, ce sont les dirigeants à vie, ceux qui s’accrochent à leur fauteuil
et, comme le trou du cul de l’histoire, bloquent tout jusqu’à ce que ça explose.
La Chine renouant avec
ses démons anciens, ça serait réellement dommage et inquiétant. Tout ça pour permettre
à Xi un troisième mandat à l’âge de 69 ans ? Sérieux ?